Accueil > Actualité > "Emission de solutions"

De la paille à la pompe



Emission de solutions
Si les agro-carburants issus des céréales, de la betterave ou du colza entrent en concurrence avec les besoins alimentaires, ce n’est plus le cas de leurs successeurs de deuxième génération réalisés à partir de déchets végétaux, de la paille et de copeaux de bois. Selon Jean-Luc Duplan, chercheur à l’Institut français du pétrole, ce carburant nouvelle formule doit encore franchir deux obstacles avant d’être commercialisé. Il nécessite une quantité énorme de matières premières et son coût de production est de 1 € le litre quand il faudrait ne pas excéder 0,50 €. Le chercheur est néanmoins confiant. Dans dix ans, les agro-carburants de deuxième génération seront disponibles à la pompe. Emission de solutions, 6 septembre 2009

Repères
Les agro-carburants, également dénommés biocarburants ne datent pas d’hier. Brûler de l’alcool, c’est bel et bien consommer un carburant issu de la fermentation et de la distillation de végétaux… Et pour la petite histoire, les moteurs à explosion du début du XXe siècle, telle la Ford T des années 1910, utilisaient de l’éthanol, c'est-à-dire de l’alcool éthylique.
Avec l’arrivée du carburant E10 composé à 10 % d’éthanol à la pompe, les agro-carburants font de nouveau parler d’eux. Ils représentent déjà près de 6 % des carburants vendus en France. Mais ils concentrent aussi les critiques : concurrence avec l’alimentation, occupation d’immenses espaces agricoles, déforestation. D’où l’intérêt pour des agro-carburants produits à partir de bois et de déchets forestiers de toutes sortes, de paille, voire de boues d’épuration.

Agissons ensemble
Ces agro-carburants nouvelle génération font l’objet de nombreux travaux en laboratoires, un peu partout dans le monde. Trois procédés sont utilisés :
  • La voie « biochimique » consiste à dégrader la cellulose en sucre, à l’aide d’enzymes. Ces sucres sont ensuite distillés et produisent de l’éthanol ;
  • La seconde filière est thermique et chimique. En clair, la plante est brûlée et le gaz produit est liquéfié. Il devient alors du gazole de synthèse. C’est un procédé ancien qui a été utilisé pendant la Seconde guerre mondiale pour contrer la pénurie d’essence.
  • Dernière piste, le biogaz. Composé surtout de méthane, comme le gaz naturel, il provient de la décomposition de déchets végétaux. C’est le gaz brulé par les torchères des grandes décharges. Par rapport aux carburants fossiles, sa combustion dégage beaucoup moins de CO2 et peu de substances polluantes. Il peut alimenter les moteurs au gaz naturel des gros véhicules urbains tels que les bus et les bennes à ordures.

Roulons pour l’avenir
La seconde génération d’agro-carburants n’est pas encore mûre que la troisième commence à germer : l’essence produit par des micro-organismes, à l’instar des algues. Incroyablement riches en huile – plusieurs dizaines de fois la concentration du colza -, ces végétaux augurent des rendements massifs. En outre, ils ingèrent beaucoup de CO2 pour prospérer. Alors pourquoi ne pas leur procurer le gaz à effet de serre produit par une centrale électrique à charbon ? D’une pierre, deux coups. Dans certaines conditions, ces organismes sont mêmes capables de créer de l’hydrogène. A quand les moteurs à hydrogène « algal » ?

Infos pratiques
Les carburants de deuxième génération ne rejoindront pas les réservoirs de nos voitures avant plusieurs années. Mais le retour d’un pétrole cher pourrait accélérer leur mise sur le marché. Quant aux agro-carburants de première génération, ils coulent déjà dans les robinets des stations-service dans des proportions croissantes. En France, un litre de gazole contient aujourd’hui plus de 6 % d’huile végétale. L’essence SP 95 possède à peu près la même proportion d’agro-carburant, à savoir de l’éthanol. Quant au SP95 E 10, lancé en avril 2009 et adapté à 60 % des moteurs essence actuels, il est composé à 10 % d’éthanol.

Des explications, des conseils sur Internet

Les travaux de recherche et les explications de l’Institut français du pétrole (IFP)

L’exemple du peuplier, objet de travaux de l’INRA